Book of Abstracts de la Conférence ICFSSAT 2025

Dr. MOHAMMED KHALIL MELLAL PRÉSIDENT DU COMITÉ D'ORGANISATION
Compte rendu de la conférence ICFSSAT 2025 (14- 16 octobre, Bejaia), dont les actes ont été publiés dans le North African Journal of Food and Nutrition Research (Vol. 9, No. 20 | DOI: 10.51745/najfnr.9.20.A1- A361CFSSAT 2025_Compte_Rendu_final.docx
Introduction

La première édition de la Conférence Internationale sur la Sécurité Alimentaire et les Technologies Agro-alimentaires Durables (ICFSSAT) s’est tenue du 14 au 16 octobre 2025 à Bejaia, sous l’égide du Centre de Recherche en Technologies Agro-Alimentaires. Cette manifestation scientifique d’envergure internationale a réuni plus de soixante-dix communications scientifiques présentées par des chercheurs issus d’une dizaine de pays, témoignant de l’intérêt croissant pour les problématiques de sécurité alimentaire dans le contexte africain et méditerranéen. L’événement s’inscrit dans une dynamique nationale forte, l’Algérie ayant récemment installé un Conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire composé de trente-quatre chercheurs, et adopté une feuille de route ambitieuse pour la transformation des systèmes alimentaires à l’horizon 2030. Dans ce contexte, l’ICFSSAT 2025 a constitué une plateforme privilégiée pour confronter les avancées de la recherche aux orientations stratégiques du pays en matière de souveraineté alimentaire, de modernisation agricole et de développement durable.

Contexte stratégique : l'Algérie face aux défis alimentaires

Le secteur agricole algérien connaît depuis plusieurs années une dynamique de transformation portée par les pouvoirs publics. Deuxième contributeur au PIB national après les hydrocarbures avec une valeur estimée à 37 milliards de dollars, l’agriculture emploie une part significative de la population active. La production nationale couvre actuellement environ 80% des besoins en blé, et les efforts d’expansion des terres irriguées visent à accroître cette couverture pour d’autres cultures stratégiques. Plusieurs défis demeurent cependant. La dépendance aux importations pour certains produits de base (huiles végétales, sucre, lait en poudre), les contraintes hydriques dans un contexte de changement climatique, et les pertes post-récolte constituent des préoccupations majeures. La prévalence de l’insécurité alimentaire sévère, bien qu’en diminution, et l’émergence d’un double fardeau nutritionnel associant carences et pathologies liées à l’excès pondéral appellent des réponses adaptées. C’est dans ce contexte que l’ICFSSAT 2025 a offert un espace d’échange sur les avancées scientifiques susceptibles d’éclairer les orientations sectorielles. Les travaux présentés ne prétendent pas répondre à l’ensemble de ces défis, mais apportent des éléments de connaissance sur des problématiques spécifiques.

Apports scientifiques de la conférence
Souveraineté alimentaire et valorisation des ressources locales

Les recherches présentées sur le quinoa algérien illustrent parfaitement l’articulation entre innovation scientifique et politique de substitution aux importations. Les travaux ont démontré qu’un traitement combiné de décorticage et de torréfaction permet de réduire la teneur en saponines de 72%, améliorant significativement la palatabilité de cette pseudo-céréale tout en préservant ses qualités nutritionnelles. La teneur en protéines augmente de 11,95% à 13,04% après traitement, et le profil en acides gras s’enrichit en oméga-3 à longue chaîne. L’incorporation de quinoa dans le couscous traditionnel, à hauteur de 50 à 75%, permet d’obtenir un produit à valeur nutritionnelle augmentée tout en maintenant une acceptabilité sensorielle satisfaisante.
Dans le domaine des produits laitiers fermentés, l’isolement de la souche probiotique Lacticaseibacillus paracasei BMK2005 à partir de matières fécales de nourrissons algériens ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de ferments locaux. Cette souche présente une activité antibactérienne marquée contre Escherichia coli entéropathogène et démontre une résilience aux conditions gastro-intestinales simulées. De même, les recherches sur le vin de palme ont identifié des bactéries lactiques à potentiel probiotique et antifongique, avec des zones d’inhibition de 17,5 à 21,5 mm contre Candida albicans.

Modernisation agricole et intelligence artificielle

L’ICFSSAT 2025 a mis en lumière l’émergence de l’intelligence artificielle comme levier de modernisation du secteur agricole, en cohérence avec la stratégie nationale de digitalisation. Les systèmes de basés par ordinateur l’architecture YOLOv8, développés à l’Université de Constantine, atteignent des performances remarquables pour le tri automatisé des tubercules de pomme de terre, avec une précision supérieure à 90% et un score mAP@0.5 de 95%. Ces outils répondent directement aux besoins d’optimisation des récoltes et de réduction des pertes post-récolte.
Dans le domaine du contrôle qualité des fruits, les réseaux de neurones profonds de type ResNet 18 permettent une classification automatique des pommes saines et altérées avec une exactitude de 95,24% présenté par un chercheur du CRTAA. L’analyse des courbes ROC confirme une capacité discriminante excellente, ouvrant la voie à des systèmes d’inspection non destructifs en temps réel pour les chaînes de conditionnement. Ces avancées s’inscrivent pleinement dans l’objectif gouvernemental d’intégration des technologies numériques au secteur agricole.

Économie circulaire et valorisation des sous- produits

La problématique des pertes et déchets agroalimentaires, centrale dans la feuille de route nationale, a fait l’objet de nombreuses communications. Les estimations présentées évaluent les déchets de la transformation oléicole algérienne à plus de 823 000 tonnes annuellement, représentant un taux de perte de 82,5%. Les déchets de la filière céréalière oscilleraient entre 1,9 et 3 millions de tonnes, soit 25 à 40% de la production. Face à ce constat, les chercheurs ont présenté des voies de valorisation multiples. L’incorporation d’écorces d’orange dans des matrices d’acide polylactique permet d’élaborer des films d’emballage biodégradables présentant une inhibition de 63,84% des radicaux DPPH et une suppression de plus de 70% de la croissance d’Escherichia coli et Staphylococcus aureus. Les films à base de gélatine de pattes de poulet enrichis d’extrait de feuilles d’olivier sauvage se dégradent intégralement en sept jours, offrant une alternative aux plastiques conventionnels.
Les travaux sud-africains sur la bioconversion des déchets agricoles ont démontré la production de polyhydroxyalcanoates (bioplastiques) à des concentrations de 476 à 479 ug/mL à partir de résidus de canola, ainsi que l’élimination de plus de 75% de la demande chimique en oxygène des effluents vinicoles par filtration biologique sur sable. Ces approches illustrent le potentiel de transformation des filières vers des modèles circulaires.

Sécurité sanitaire et surveillance alimentaire

Les communications relatives à la sécurité sanitaire des aliments ont révélé des enjeux nécessitant une vigilance accrue. La contamination par les aflatoxines touche 62,5% des échantillons d’arachides analysés, avec quatre échantillons dépassant les limites maximales européennes. L’ingestion journalière estimée de 0,052 ng/kg de poids corporel conduit à une marge d’exposition de 7 609, soulevant des préoccupations de santé publique.
Le monitoring des organismes génétiquement modifiés a mis en évidence la présence d’éléments transgéniques dans 20% des produits dérivés du maïs, avec identification de six événements distincts (MON810, NK603, TC1507, GA21, Bt11, DAS59122). La majorité des échantillons positifs présentaient des événements empilés à des niveaux très élevés, soulignant la nécessité de renforcer les dispositifs de surveillance et d’étiquetage conformément aux orientations du Programme national de sécurité sanitaire des aliments.
Une méthode innovante de détection des résidus d’antibiotiques dans les viandes, utilisant Micrococcus luteus en tube, permet un criblage en 2 à 2,5 heures, offrant une alternative moins coûteuse aux méthodes conventionnelles. Ce type d’innovation répond aux besoins de renforcement des capacités analytiques des laboratoires de contrôle.

Transition nutritionnelle et santé publique

L’analyse de l’état nutritionnel de la population algérienne présentée lors de la conférence confirme l’existence d’un double fardeau nutritionnel caractéristique des pays en transition. Si la sous- alimentation demeure marginale, l’anémie féminine progresse de 29,9% à 31,6%, tandis que l’obésité atteint 23,8% chez les adultes et 12% chez 39,1% des enfants de cinq ans présentent un risque les enfants. Une étude menée à Skikda révèle que de surpoids, 17,4% sont en surpoids et 4,3% sont obèses. Ces constats appellent des interventions ciblées, en cohérence avec le programme de promotion de la diète algérienne inscrit dans la feuille de route nationale. Les recherches sur les aliments fonctionnels présentées à l’ICFSSAT 15% de jus de carotte et aux graines de chia offrent des pistes concrètes : les yaourts enrichis à présentent une activité antioxydante marquée avec une CI50 de 50 μg/mL, tout en stimulant l’activité des bactéries lactiques.

Découvertes en microbiologie environnementale

L’une des contributions scientifiques les plus significatives de la conférence concerne l’identification d’une nouvelle espèce bactérienne Campylobacter armoricus sp. nov., par séquençage du génome entier de plus de 300 isolats provenant de zones conchylicoles bretonnes. Cette découverte, présentée par le Dr Amine Boukerb de l’Université de Rouen Normandie, révèle que Campylobacter lari constitue l’espèce dominante dans les coquillages (90,2%), les oiseaux marins (56,9%) et les eaux marines (54,5%). Plus de 80% des isolats correspondent à des types de séquences nouvellement décrits, soulignant la diversité sous- estimée de ce complexe bactérien. Ces travaux s’inscrivent dans l’approche « Une seule santé promue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), illustrant l’interconnexion écosystèmes marins, faune sauvage et sécurité alimentaire humaine. Pour l’Algérie, dont le littoral s’étend sur 1 647 kilomètres, ces résultats soulignent l’importance d’une surveillance microbiologique intégrée des zones de production aquacole.

Conclusions et perspectives

L’ICFSSAT 2025 a démontré la vitalité de la recherche agroalimentaire en Algérie et sa capacité à répondre aux défis nationaux de sécurité alimentaire. Les travaux présentés s’articulent étroitement avec les orientations stratégiques du pays: développement de ressources génétiques locales pour réduire la dépendance aux importations, adoption des technologies numériques pour moderniser les systèmes de production, valorisation des sous-produits dans une logique d’économie circulaire, et renforcement de la surveillance sanitaire. La conférence a également mis en lumière des défis persistants nécessitant une attention soutenue: le double fardeau nutritionnel combinant carences et excès, la présence d’OGM non étiquetés dans la chaîne alimentaire, la contamination par les mycotoxines, et les limitations des protocoles de désinfection face aux biofilms bactériens. Ces constats appellent à poursuivre l’effort de recherche et à renforcer les collaborations internationales. En établissant le CRTAA et l’Université de Bejaia comme pôles de référence en sciences alimentaires, l’ICFSSAT 2025 contribue au rayonnement scientifique de l’Algérie dans l’espace méditerranéen et africain. La publication des actes dans le North African Journal of Food and Nutrition Research (DOI: 10.51745/najfnr.9.20.A1-A36) assure une diffusion pérenne de ces contributions au sein de la communauté scientifique internationale.

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